Michel Faup
De 15h à 19h, ou sur rendez-vous
Route de Crédery 47, Satigny
Les œuvres
L’expo
Lorsqu’en septembre 2015 fut décidée l’exposition de mes sculptures à la galerie François Fontaine au printemps 2016, ma première pensée fut pour Charles Ferdinand Ramuz. D’ordinaire, le thème de mes expositions découle soit de l’enchaînement naturel de mes explorations, soit de ce que le lieu de l’exposition m’inspire. Charles Ferdinand Ramuz dont j’avais découvert les écrits en 1985 avec une certaine fascination. Le rythme tranquille et léger de ses phrases, une lumière dorée qui s’insinue entre les mots.
Voilà que s’impose à moi l’idée de consacrer mon travail au « Pouvoir insurrectionnel de la poésie ». Et je réalise dans l’enthousiasme un petit poète en terre. Il est bien présent avec son œil immense, ses mains prêtes à embrasser le monde et sa bouche entrouverte sur des vers douloureux. Petit, puissant mais d’une tristesse flamboyante, car la poésie dresse un rempart d’humanité vulnérable face à la barbarie.
Que dire d’autre alors ?
Surgiront de petites baigneuses affairées au plaisir de la plage. Comme souvent dans mon travail lorsque les difficultés s’installent.
Entre-temps, j’ai appris que la surface d’exposition est très importante. Le lieu idéal pour une promenade à travers ma production des 25 dernières années.
Avec les baigneuses comme motif récurrent.
Donner à voir l’évolution de mon rapport au corps : fragmentaire au début pour marquer sa vulnérabilité mais aussi sa capacité de résistance au monde ; puis simplifié à outrance, ramené à l’état de symbole, stèle à l’hermétisme têtu ; recomposé ensuite en jouant sur les principes d’équivalence de volume et de tension ; distordu à l’envi, tendre, gorgé d’une énergie vitale qui le dresse dans une danse intense pour finir.
Et voilà que le labeur des années passées sur le groupe se voit récompensé : des couples de baigneurs à la complexité exubérante apparaissent. Dans une liberté qui me déconcerte moi-même, les gestes s’élancent dans l’espace. Chaque personnage vit l’instant de manière totalement autonome, presque indifférent à la présence de l’autre. Et pourtant, le groupe existe aussi, fait d’une histoire parallèle dont rien n’est dit.
Point culminant : la « catastrophe balnéaire » comme une piéta déconcertante, violente et naïve. S’agit-il vraiment d’une chute, saisie dans sa fulgurance ? Ou bien n’est-ce qu’un artifice.
Un baigneur tout à son jeu.
Une petite baigneuse nostalgique qui contemple la poésie de l’instant, enfin.
L’artiste
Au départ, il y a la volonté de montrer la capacité des êtres vivants à résister à l’usure de la vie. Fragments de corps humains sculptés en préservant la trace du vécu antérieur du matériau (bois rongé par la moisissure, éclatement de la pierre tombée de la falaise, empreinte de main et du papier d’emballage sur le parpaing de terre). Seuls les personnages en prière parviennent à une certaine complétude.
Un certain rapport de la vie, fait de la prise de conscience de son caractère éphémère, de l’imminence de la fin. Une douleur de vie. Les matériaux sont au bord de l’explosion, une fragilité intrinsèque. Ou bien l’équilibre est précaire. Mais aussi le bonheur intense de l’instant. Les volumes gonflés comme pour envahir l’espace de leur plénitude. L’esprit habite ce corps et sert son effort. Les personnages sont représentés comme de l’intérieur.










